« Tu as du prix à mes yeux... et je t’aime » Isaïe 43, 4

Chers amis, 

voici les textes de l'homélie de samedi soir par Mgr Bozo et du témoignage de Tanguy Lafforgue samedi soir pendant la veillée.

Pèlerinage des Pères de Famille – Cotignac

Homélie 2 juillet 2022 – Samedi 13° TO

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Au risque de donner dans le stéréotype de genre, parmi les deux exemples sur lesquels Jésus s’appuie, rapiécer un vêtement et mettre du vin en bouteille, je choisis, pour un pèlerinage de pères de famille, le vin et les outres et je laisse le raccommodage au pèlerinage des mères.

 

« On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves et le tout se conserve ».

 

« On met le vin nouveau dans des outres neuves ». Je suis obligé de passer par un peu de grec, parce qu’il manque en français une distinction importante.

 

Le vin nouveau, en grec, c’est oinon neon et les outres neuves, c’est askous kainous. Neos et kainos : deux mots traduits par nouveau. On connait neos qui donne néophyte,  néologisme ou néoruraux, c’est-à-dire nouveau au sens chronologique de récent. Le vin nouveau, c’est le beaujolais nouveau, tout juste tiré.

 

Kainos signifie nouveau au sens d’une autre modalité, qualité. L’outre neuve, ça ne veut pas dire qu’on vient de la fabriquer, ça veut dire qu’elle est d’un modèle différent. Pour recueillir le vin nouveau, le vin fort de l’Évangile, il faut une nouvelle qualité de réceptacle. C’est le baptême qui fait de nous des outres neuves, « des hommes nouveaux » (καινὸν ἄνθρωπον) (Ep. 4, 24).

 

Dans la mission de père de famille, on peut avoir peur de ce décalage de culture avec nos enfants qui grandissent, qui semblent vivre dans une autre culture, un autre monde. Nous chercherons alors à être up to date, « dernier cri » comme on disait autrefois. Mais à vouloir être « tendance », on risque toujours d’être en retard d’une mode. A vouloir trop s’adapter, on risque d’être à la remorque. Bien sûr, le chrétien n’est pas obligé d’être ringard, mais il doit faire attention à ne pas confondre la nouveauté de l’Évangile avec les modes passagères, superficielles, modes de pensée, mode d’agir… « Ne prenons pas pour modèle le monde présent, transformez-vous en renouvelant votre façon de penser… » (Rm 12, 5).

 

Car Dieu n’est pas vieux, il est éternellement jeune. C’est pourquoi l’Évangile est toujours actuel, si adapté, adapté à toute époque, parce qu’il est l’Évangile du Christ. Comme dit une belle formule de notre nouveau (neos !) docteur de l’Église, Saint Irénée « le Christ a apporté toute nouveauté en s’apportant lui-même ». Omnem novitatem attulit semetipsum afferens. Pour refléter la nouveauté du Christ, il ne faut pas s’éloigner de Lui, être de plus en plus référé à Lui.  « Si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle – kainos». 2 Co, 5, 17. Cela interroge donc notre relation à Jésus, notre vie de prière, notre vie sacramentelle.

 

Dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium (2013), le Pape François a un beau paragraphe sur ce sujet de la nouveauté du Christ :

 

« Le Christ est « la Bonne Nouvelle éternelle » (Ap 14, 6), et il est « le même hier et aujourd’hui et pour les siècles » (He 13, 8), mais sa richesse et sa beauté sont inépuisables. Il est toujours jeune et source constante de nouveauté. (…) Il peut toujours, avec sa nouveauté, renouveler notre vie et notre communauté (…) Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui. En réalité, toute action évangélisatrice authentique est toujours « nouvelle ».

 

Pape François, Evangelii Gaudium (2013), 11

 

Cela renvoie dos à dos le progressisme et l’intégrisme qui sont deux manières de mal comprendre la nouveauté. L’intégrisme refuse de reconnaître ce qu’il y a d’humain, de muable, de changeant dans le christianisme et le progressisme ne voit que cela. L’un et l’autre ont en commun de ne pouvoir accepter à la fois l’humanité et la divinité du christ, et donc de l’Église, alors qu’elle est précisément cette réconciliation entre l’homme et Dieu.

 

C’est parce que Dieu fait toutes choses nouvelles que justement le chrétien aime le passé, où il recueille le mystère du Christ, qui est venu dans l’histoire, il y a deux mille ans, et qui est toute nouveauté. Le chrétien aime la Tradition, qui n’a rien à voir avec la nostalgie de je ne sais quelle époque révolue, mais qui est cette longue chaine qui traverse le temps pour lui transmettre l’Évangile vivant. Le chrétien aime le présent où le Christ a promis qu’il serait avec nous et il aime le futur, parce qu’il est tourné vers l’accomplissement. Il tire de son trésor du neuf et de l’ancien.

 

Saint Charles de Foucaud disait que « L’Église est une apparente défaite dans une perpétuelle victoire ». Que les batailles perdues, les rendez-vous manqués de l’Église ne vous empêchent pas considérer cette victoire, qui est celle en elle du Ressuscité. Et le ressuscité se donne sans cesse, dans les sacrements qui sanctifient, purifient, rajeunissent incessamment l’Église.

 

On retrouve ce kainos à la fin de l’Apocalypse : Kaina poio panta : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (21, 5). Madeleine Delbrel écrivait : « les chrétiens n’ont pas besoin d’une foi nouvelle ou rajeunie, ils ont simplement besoin de vivre la nouveauté et la jeunesse de la foi ».

 

Le vin nouveau de l’Évangile, a besoin d’outres neuves, de pères nouveaux, incessamment renouvelés par le Christ ! Amen.

Mgr Pierre-Antoine BOZO

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Crédit photo: Antoine Bordier

Témoignage de Tanguy Lafforgue pendant la veillée du samedi 2 juillet

 

Présentation par Bertrand de Kerangat

 

Tanguy, tu as 44 ans, tu es marié, père de famille et vis à Aix-en-Provence. Tu es diplômé de Saint-Cyr, tu as été officier dans la cavalerie puis responsable de communication dans l’Église. Tu exerces depuis 3 ans comme accompagnateur (avec la double dimension thérapie et coaching), tu as créé le cabinet « Cœur-Hackeur – Pirate ton addiction » et tu aides des personnes souffrant d’addictions comportementales autour de la sexualité : ados et adultes de tous âges, hommes et femmes, laïcs et consacrés.

Tu as publié 2 livres l’an dernier : l’un avec le journaliste Amaury Guillem, Protégeons nos enfants de la pornographie / l’autre, Délivré ! 10 étapes pour arrêter la pornographie, aux Éditions de l’Emmanuel.

 

Quelques-uns des jalons qui t’ont conduit à cette activité :

  • Une rencontre personnelle avec le Seigneur à Paray le Monial en 1999, centrée sur la Miséricorde, après t’être coupé de la confession pendant l’adolescence pour cause de « bouillonnement hormonal ». Cette expérience t’a donné une sensibilité particulière sur ces sujets.

  • Une vocation forcée dans l’armée qui t’a appris l’importance capitale de trouver sa juste place. Cela t’aide à faire travailler tes accompagnés sur leur motivation profonde.

  • Un intérêt ancien pour le développement de la personne, qui se manifestait déjà dans l’armée quand aider tes soldats à régler leurs problèmes persos te plaisait plus qu’organiser des séances de tir...

  • Plusieurs expériences de parrainage d’étudiants faisant le parcours Libre pour aimer à Aix-en-Provence.

  • La crise des abus sexuels dans l’Église, que tu as vécue de l’intérieur.

 

Enfin, 3 intuitions qui t’ont guidé au moment de ta reconversion :

  • Les besoins sont immenses. On a besoin d’ouvriers. Je vais proposer une offre ! J’en vivrai.

  • Il faut que des hommes s’investissent dans ce champ, notamment pour aider les hommes.

  • En me spécialisant et en me faisant connaître comme tel, je facilite la démarche des personnes potentiellement concernées :

1 Je leur permets de mettre des mots sur leurs souffrances, de sortir du déni.

2 Je leur dis que c’est possible de se faire aider. La preuve, c’est mon métier !

 

  

Introduction

 

Merci, Bertrand, pour ta confiance. Merci, surtout, d’avoir osé mettre ce sujet à l’ordre du jour. Que c’est dur, non pas de prendre la parole ce soir… mais de n’avoir que 45 minutes tant il y a de choses à dire ! Comme Numérobis (l’architecte…), permets-moi de te demander « Avec combien de temps de retard ? »1.

Le sujet est trop important pour qu’on se taise. Donc ma place est bien ici ce soir, avec vous ! Mon père, qui n’était pas très expansif, disait parfois : « La parole est d’argent et le silence est d’or » (c’est un alexandrin). S’agissant de la pornographie, et de tout le toutim, il faut dire plutôt « La parole est d’or, le silence est de mort ». Alors parlons en.

Voici donc 5 exhortations. Elles s’adressent aux fils que vous êtes tous, époux pour la plupart, fiancés, pères, grands-pères, mais aussi pasteurs !

 

1ère exhortation : sois dans la gratitude !

 

Cette invitation s’adresse notamment à ceux d’entre nous que le sexe n’intéresse pas ou plus, dégoûte, rebute, effraie, désespère. Avant même de parler de pornographie, de pulsions, d’obsessions, de Tinder, de Grindr, de voyeur, etc., il convient de parler… de la sexualité ! Ce soir, ne laissons pas le X voler la vedette à la sexualité ! Bien sûr, tout n’est pas rose ! Ne nous voilons pas la face. Nous ne sommes pas au pays des Bisounours. Chacun de nous est sans doute arrivé avec sa part de blessures, d’insatisfactions, d’incompréhensions, de révoltes, de peurs, de pensées et d’élans incontrôlés, de culpabilité, de honte !

Mais elle est bonne (la sexualité…). Car Dieu l’a voulue. D’ailleurs, si la pornographie – et tout le reste - est un problème n’est-ce pas précisément parce que « ça » dénature et détourne le projet divin ? Le porno divertit par le sexe, pervertit la sexualité.

Alors contemplons cette sexualité. Laissons-nous émerveiller.

  • D’abord, la sexualité, c’est la vie. Tout de même ! Rien que pour ça, elle ne peut pas être mauvaise.

  • Ensuite, la sexualité, c’est l’amour. N’est-elle pas, tout simplement, au service de la communion des personnes ? Ne permet-elle pas d’exprimer cet amour et de le renforcer, de se donner à l’autre, et de le recevoir ?

  • La sexualité, c’est aussi le lieu où s’exprime, sans doute le plus pleinement, le plus parfaitement, la complémentarité entre la femme et l’homme.

  • La sexualité, c’est aussi… le plaisir. Et où est le problème dès lors que celui-ci n’est pas poursuivi comme une fin en soi, recherché dans une logique autocentrée qui chosifie l’autre ? Ce plaisir, Dieu l’a aussi voulu !

  • La sexualité, enfin, c’est une belle énergie, une force de vie qui pousse à prendre des risques, se dépasser, sortir de soi.

Alors, oui, ce soir, rendons-grâce à Dieu pour la sexualité. Bonne nouvelle pour chacun de nous, elle est un motif d’émerveillement. Seigneur, merci de t’être incarné pour te faire proche de nous. Et merci pour notre incarnation ! Merci de nous avoir donné un corps qui nous permet d’exprimer l’amour. Merci pour le sexe grâce auquel nous pouvons devenir encore plus humains.

Merci, aussi, pour la masculinité : ne craignons pas de l’accueillir, chacun à notre manière, quels que soient notre histoire, notre type de personnalité, notre situation aujourd’hui, notre métier. L’homme est homme, redisons-le, mais il n’y a pas un modèle unique d’homme. Moi, par exemple, je me sens aujourd’hui 100 fois plus homme que quand je végétais dans l’armée. Merci pour cette force, qui n’est ni de la violence, ni du machisme et qui nous permet d’oser, protéger, aimer.

1ère exhortation : sois dans la gratitude !

 

2ème  exhortation : sois réaliste !

 

Je pense ici en particulier à ceux d’entre nous qui, peut-être, se sentent un peu concernés, mais pas trop. Voire pas du tout concernés. Toi qui penses que ta famille est à l’abri parce que vous n’êtes pas du monde ? Toi qui te dis que le choix d’un bon bahut catho pour tes enfants, ça te dispense de leur parler de ces choses-là ? Toi qui crois que l’interdiction du téléphone portable à la maison est la meilleure – et la seule - réponse à apporter ? Toi, encore, qui considères que le porno, quand c’est « avec modération », pourquoi pas après tout ?

Un certain réalisme s’impose. Faire l’autruche, c’est déjà commencer à fauter. Fauter par naïveté, par orgueil, par irresponsabilité. Certes, tu n’es pas forcément impliqué, mais tu es au minimum concerné. Voici pourquoi !

 

Sois réaliste, d’abord, quant à la nature humaine

Pour le dire simplement, l’être humain n’est pas « fait en bois ». D’ailleurs même Pinocchio, qui était pourtant en bois, prenait un certain plaisir à regarder les filles danser. Si la sexualité est belle et bonne, comme je viens de le dire, elle n’en demeure pas moins aussi un lieu où s’exercent notre finitude, notre imperfection, notre part d’ombre. Tu vis peut-être certaines des difficultés suivantes :

  • Comprendre, accepter et contrôler ce qui se passe en toi : curiosité exacerbée, sensibilité visuelle, fantasmes, pulsions, élans, convoitise… Bref, animalité.

  • Tentation de dominer l’autre – y compris ton conjoint - le chosifier, le mettre au service de ton plaisir. Égoïsme.

  • Peur : d’être toi-même regardé, humilié, utilisé. Sensation de vulnérabilité.

  • Tentation de la performance, de la compétence.

  • Enfermement dans l’esclavage du plaisir.

  • Difficulté à communiquer, à sortir du tabou, du silence, de la honte. Au contraire, tentation du bavardage superficiel, du racolage, du graveleux.

  • Pesanteur de tes mauvaises habitudes, installées insidieusement, discrètement, lentement mais sûrement. Le porno, Oméglé, les webcam, les escorts, etc., une fois encore, viennent appuyer là où ça fait mal, exacerber cette nature humaine blessée par le péché originel.

 

Sois réaliste, ensuite, quant au monde

Nous ne sommes pas du monde, mais nous sommes dans le monde. Or, notre monde, et il faut l’accepter, ce sont :

  • L’hyper-accessibilité des contenus : Internet, smartphone, 4G, etc. S’y ajoutent : l’anonymat, la gratuité (merci la pub…).

  • La banalisation : culture, médias, publicité, consumérisme, exhibitionnisme et voyeurisme sur les réseaux sociaux, hédonisme, individualisme, etc. Bref, notre société est pornographique. Le porno est aussi devenu un outil d’initiation.

  • La surenchère de l’offre et la demande. Le porno n’échappe pas à cette loi. D’où le pire.

  • La disparition de la barrière de l’âge. On est exposé de plus en plus tôt, on consomme de plus en plus tôt. Âge moyen du 1er téléphone : 9 ans…

  • La disparition des lieux sûrs (y en a-t-il réellement eu dans le passé ?). Aucun milieu, aucun environnement n’est plus safe. Y compris le scoutisme, l’aumônerie, les bons bahuts. Aucune famille n’est pleinement protégée. Et détrompe-toi : une famille qui prie n’est pas nécessairement une famille à l’abri. Point commun de tous les ados que j’accompagne : sur le papier, ils ont tout reçu.

  • La capacité de sidération, de réalisme, toujours plus grande. Hier, les fresques dans les lupanars de Pompéï. Aujourd’hui la vidéo. Demain les métaverse…

 

Sois réaliste, enfin, quant aux risques encourus

Le porno est un problème en soi. Les raisons ne manquent pas. Le porno dénature la sexualité. Et, si je puis dire, il « dé-mature la personne humaine : c’est-à-dire qu’il la fait régresser, la dissocie, l’éclate. La personne, c’est un tout : cerveau, cœur, corps, et âme. Et son développement, c’est une lente unification, qui dure toute la vie. Le porno donne à voir – donc aussi encourage - une sexualité immature, irréelle, impersonnelle. Or, ce qu’on regarde, on finit par le penser, et ce qu’on pense, on finit par le faire. Il y a beaucoup d’autres points à ajouter, qu’il faudrait développer.

  • C’est un spectacle nul, pauvre, outrancier.

  • C’est une atteinte à la dignité de la personne, un système esclavagiste.

  • C’est un mensonge, une fausse promesse.

  • Enfin, les risques pour la santé et l’équilibre sont réels : aux niveaux mental, émotionnel, physique, sexuel.

  • Et précisons, pour finir, que c’est un problème quelles que soient les conditions de consommation :

  • Addict or not addict, that is not the question ;

  • Qu’on regarde 1 fois par jour ou une fois par mois ;

  • Qu’on dépense ou pas de l’argent ;

  • Qu’on ait 7 ans, 12, 17 ans et 11 mois, 18 ans et 1 jour, 21, 32 ou 48 ans...

  • Qu’on soit célibataire ou en couple ;

  • Qu’on consomme seul ou avec d’autres.

« Bien, pas bien. Bien avec modération ». Cette dernière recommandation est valable pour la clope… pas pour la pornographie !

2ème  exhortation : sois réaliste !

 

3ème exhortation : prends tes responsabilités !

 

A la place qui est la tienne, quel petit pas peux-tu faire ?

Focus sur 6 propositions pour te prendre en main. Liste non exhaustive, loin s’en faut…

 

Piste 1 - Repère ton petit sucre

Quel est ton péché mignon ? Quel petit compartiment de ta vie préfères tu laisser dans l’ombre ? Tinder ? Facebook (on peut déjà se rincer l’oeil) ? Un regard qui déshabille un peu trop les femmes ? Netflix ? Un penchant sadique ? Les massages ? Nomme ce petit sucre. Demande-toi si tu es prêt à t’en séparer. Et quel geste concret veux-tu poser pour entrer en deuil de ce pansement, ce doudou ?

 

Piste 2 – Parle à quelqu’un

Je vous le rappelle : « la parole est d’or, le silence est de mort ». Alors arrête de parler à ta main. Parle plutôt à quelqu’un ! Ce sera un premier pas libérateur. Il t’ouvrira un chemin. Choisis une personne de confiance, c’est le plus important.

Évite si possible :

  • Ta belle-mère.

  • Ton chien ou ton lapin nain.

  • Facebook.

  • Ta collègue de travail.

 

Piste 3 – Apprivoise tes émotions

Le X (et tout le reste), c’est un super anesthésiant émotionnel. Mais il y a un hic : la sexualité, ça ne sert pas à ça ! Gérer l’ennui, la peur, la tristesse, la colère, la frustration, la honte, la difficulté à dire non, ça s’apprend. Une émotion, c’est un message sur la satisfaction d’un besoin. Le porno – ou autre - n’est pas le besoin, mais la mauvaise réponse à ce besoin. Et les émotions, ce n’est pas un truc de femmelettes, mais juste une super invention du Créateur pour nous aider à mieux nous comprendre. Mon père est mort hier matin, et j’ai pleuré : ce sont ces larmes qui m’ont aidé à le laisser partir, à commencer mon deuil.

 

Piste 4 - Assainis ton environnement

Ça s’appelle la prudence. Fais le ménage autour de toi pour supprimer toutes les tentations. Évite désormais certains lieux, certaines fréquentations, certaines situations. Et assainis ton usage des écrans. Beaucoup de problèmes commencent avec les écrans… Mets des contrôles parentaux sur tes appareils si nécessaire. Sur ceux de tes enfants aussi…

 

Piste 5 – Parle à tes enfants !

Joue ton rôle de « daron », dirait une de mes filles. En vertu de l’exhortation 2 (« sois réaliste ! »), fais en sorte que le porno ne soit pas leur première expérience de la sexualité. Parle avec eux, surtout ton ou tes fils. Commence tôt, en des termes qui sont beaux. Instaure un climat d’écoute et de dialogue. Tu n’es pas exemplaire, irréprochable ? Tu as la trouille ? Mais on s’en fout, bordel ! Ton premier job, c’est de leur parler, pas d’être parfait. D’autant plus si toi-même, tu as été blessé. Et je t’en conjure, si tu surprends ton fils le doigt dans le pot de Nutella, ne fais pas semblant de n’avoir rien vu : foi de thérapeute, il traînera longtemps cette blessure !

 

Piste 6 - Change ta manière de réagir après un dérapage

Ne pas déraper, c’est bien. Bien réagir après un dérapage, ça compte autant. Notamment en cas d’addiction. Apprends à dédramatiser sans relativiser. La dramatisation inhibe l’estime de soi et la confiance en soi. Évite par exemple les « je suis une merde ». Évite aussi les promesses du type « juré, c’est la dernière fois » non

suivies d’actes concrets.

Privilégie : une attitude empathique avec toi-même car ton premier allié pour changer… c’est toi. Tire des leçons de ce qui s’est passé, apporte des corrections. Reste focalisé sur ton objectif. Évite de trop culpabiliser – ça ne sert à rien. Et ne culpabilise pas de te déculpabiliser. Les cathos, on est parfois compliqués…

 

4ème exhortation : appuie toi sur ta foi !

 

Dans ta démarche vers plus de liberté et de pureté, la foi a bien entendu TOUTE sa place. Pour autant, ne lui fais pas prendre toute LA place. Ta foi est un appui, mais pas une béquille. Dieu te veut debout sur tes 2 jambes.

 

D’abord, entends la Parole

Prends appui sur la Parole de Dieu, à commencer par celle choisie pour notre pélé :

« Tu as du prix à mes yeux et je t’aime ». Clin d’œil du Seigneur, c’est la parole qui m’habite depuis 1999, depuis ma rencontre personnelle avec le Christ à Paray-le-Monial. Ces mots constituent LA parole de VIE par excellence. En effet, c’est une promesse de sécurité affective. Or, de quoi avons-nous le plus besoin sur cette terre dès que nous venons au monde, sinon de cette sécurité ? Dieu est notre père. Ce soir, il te dit : n’aie pas peur car je t’aime de manière inconditionnelle. Tu as de la valeur, de la dignité pour ce que tu es. Ne crains pas pour ta survie car je prends et prendrai soin de toi, malgré ta vulnérabilité, ton manque d’autonomie. Tu ne manqueras de rien : ni de nourriture, ni de soins, ni de soutien, Tu ne mourras pas. Lâche toutes tes petites stratégies pour te faire aimer, pour te rassurer : ton perfectionnisme, ta volonté de puissance, ton hypercontrôle, ta fuite en avant, ton service compulsif des autres, ton anxiété. Tu n’as pas besoin de ces doudous, de ces subterfuges. Mon amour te suffit.

« Tu as du prix à mes yeux et je t’aime » : cette parole de résurrection et de réparation, fais-la écouter chaque jour au petit d’homme qui est en toi : le bébé, l’enfant, l’adolescent. Et même l’adulte. Il n’est jamais trop tard !

 

Ensuite, contemple l’homme Jésus

Jésus n’a certes pas connu le péché, mais a tout partagé de notre condition, donc en particulier ce qui touche à l’affectivité. Si Jésus est pleinement homme… il est pleinement sexué. Contemple l’adolescent Jésus : il a probablement connu le même

bouillonnement hormonal que toi au même âge. Eh oui ! Contemple-le avec la Samaritaine ou Marie-Madeleine : il a dû être touché par leur beauté, leur sensualité.

Et contemple-le sur la croix : nu, il a sans doute connu la honte.

 

Reçois aussi ce que le Seigneur et l’Eglise te donnent

Toujours, Dieu te pardonne. Son amour est inconditionnel. Sa miséricorde est infinie. A Paray, quand je me suis converti, j’avais en face de moi le fameux tableau de Rembrandt : le fils prodigue. Dieu t’aime, que tu dérapes ou pas. Il ne t’aime pas plus quand tu ne dérapes pas. Il ne t’aime pas moins quand tu dérapes. Son amour ne dépend pas de toi. Toujours, Dieu te console. Et parfois, Dieu te guérit. Tu disposes aussi des sacrements, de la liturgie, de la vie communautaire et du soutien fraternel.

 

Enfin, évite certains travers du croyant

Le premier d’entre eux : la culpabilité mal ajustée. Il n’est certes pas bon de relativiser, de minimiser. Mais il est mortifère de tomber dans un mauvais sentiment de culpabilité. La culpabilité est saine et fait aller de l’avant. Le sentiment de culpabilité,

lui, enferme dans le passé, focalise l’attention sur la faute commise, pompe de l’énergie, et inhibe la confiance en soi. En un mot, il ronge. Ce sentiment procède d’une forme d’orgueil, de perfectionnisme : je suis croyant, donc je devrais être irréprochable. Mais ne te jette pas la première pierre ! Qui es-tu pour te juger toi-même, te condamner ? Quel dommage de passer à côté de la sainteté ! Je n’y ai pas droit ! Ce n’est pas pour moi… Regarde saint Paul : la fameuse écharde dans sa chair, je doute que ce soit le chocolat Milka... Quant à Saint François ou Saint Charles de Foucauld, n’en parlons pas. Les « péchés de chair » ne sont pas moins graves que les autres péchés, mais ils ne sont pas non PLUS graves. À ce titre, le rapport à la confession mérite parfois d’être ajusté. Se couper de la confession à cause de ce types de difficultés, c’est triste (ça a été mon cas à l’adolescence). Ou bien les taire en confession. Mais n’aller se confesser QUE pour ça, dès qu’un dérapage a lieu, n’est pas forcément mieux. C’est risquer d’oublier tous les autres péchés.

Autre piège : la méfiance vis-à-vis du corps. Donc du sexe en particulier. Cette méfiance peut entraîner une forme de refoulement, d’étouffement, d’anesthésie de tous les phénomènes psychiques et physiques liés à la sexualité : pensées, élans, etc. Or ce qui est refoulé finit toujours par remonter et déborder. Oui, il faut contrôler, canaliser. Mais non, il ne faut pas nier notre incarnation.

Autre piège : le cléricalisme… Oui, on peut faire preuve de cléricalisme dans ce domaine. Juste un exemple pour l’illustrer : choper son fils de 14 ans la main dans le sac (consultation de porno sur le smartphone), et l’envoyer illico voir un prêtre au lieu de d’abord lui parler entre hommes, en tête-à-tête, ça s’appelle du cléricalisme. Et aussi de la lâcheté.

4e exhortation : appuie toi sur ta foi !

 

5ème exhortation : garde espoir !

 

Tu traînes peut-être une (très) grosse casserole, un boulet trop lourd : une addiction ? Une obsession ? Un abus subi – voire même commis ? Une expérience trop précoce ? Un lourd secret ? Une autre chose qui t’entrave ? Tu désires retrouver ou découvrir la paix, l’unité, la liberté, la pureté ? Ne baisse pas les bras ! Garde le cap.

 

3 messages que tu as besoin d’entendre :

 

1 : n’attends pas pour te faire aider si tu en as besoin !

Ou n’attends PLUS ! Quelle tristesse quand je reçois des demandes d’aide pour des septuagénaires, des octogénaires ! Échange de SMS hier avec M. : Lui : mes condoléances pour le décès de votre père. Prenez votre temps pour répondre à ma demande de rdv. Je suis dans cette situation depuis 40 ans au moins… Il n’y a pas d’urgence… Moi : quand on a attendu 40 ans, si, il y a urgence. Mais il n’est jamais trop tard ! Ne regrettez pas tout ce temps, Dans 30 ans, vous serez fier d’avoir fait cette démarche qui vous coûte tant aujourd’hui.

 

2 : Il existe des moyens thérapeutiques

Pour l’addiction à la pornographie, mais aussi pour les autres difficultés. C’est long, c’est difficile. Mais c’est possible. On n’a qu’une vie. Donc on ne change pas de VIE. Mais on peut changer sa vie !

3 : Tu es un gars bien !

Qui que tu sois, quoi que tu fasses, comme humain et comme chrétien, tu as une valeur, une dignité, une légitimité. Rien ni personne ne pourra te la retirer. Car c’est de Dieu que tu l’as reçue. Tu n’arrives pas à arrêter ? Ça ne change rien ! Tu as des fantasmes homos, ça ne change rien !

5e exhortation : garde espoir !

Propositions de démarches au Bessillon :

Devant la statue de St Joseph, tu peux :

1 - Déposer tout ce que tu as pu vivre de beau, de grand. En

commençant par la vie que tu as reçue, celles que tu as données.

Ce qui te rend fier, aussi.

2 - Te laisser regarder. Te montrer nu devant Dieu (à considérer au

sens propre, mais pas à appliquer au pied de la lettre : nous ne

sommes pas au rugby).

3 - Demander à Dieu de t’aider à faire la lumière sur ta vie : quel est

mon sucre ?

4 - Décider d’au moins une démarche concrète, un petit pas.

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