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« Je suis Joseph, soulève la pierre et tu boiras »

Cette parole de saint Joseph est absolument unique. En effet, saint Joseph n’est apparu que très rarement, et en restant toujours silencieux[1], comme dans l’Evangile. Mais ce « géant du silence »[2] a donné, à Cotignac, où il apparait seul[3], cette parole « universelle »[4].

Par cette parole adressée deux fois à un berger assoiffé, Joseph demandait à celui-ci quelque chose d’impossible à vue humaine, mais il eut foi et une source jaillit derrière le rocher soulevé. Cette parole si précieuse par sa rareté a des sens innombrables.

En cette Année Saint Joseph, relevons six lumières, au travers de ce thème.

1. En donnant une source, saint Joseph invite à revenir à la source de notre vie chrétienne : vivre avec Marie et Jésus. Pour avoir eu le privilège incomparable de vivre 30 ans avec le Sauveur du monde et la Mère de Dieu, Joseph est un saint unique au monde. Ainsi, ce lien personnel, concret, intime, quotidien, qu’il a eu avec Marie et Jésus, n’est-ce pas ce qu’il veut nous partager et nous apprendre à vivre ?

De même que Marie est le chemin royal vers Jésus, Joseph l’est aussi vers Marie : personne, après Jésus, n’a autant aimé Marie. Alors n’est-ce pas sur ce chemin d’amour qu’il veut nous prendre par la main ?

Joseph est, avec la Vierge Marie, le 1er témoin et acteur de l’Incarnation et le 1er disciple de Jésus : il est à la source de notre Salut et de toute sainteté et il désire nous donner à boire cette eau vive.

 

2. Saint Joseph, comme chef de la Sainte Famille, invite les familles à la source, en mettant leurs pas dans ceux de la sainte Famille. Il nous rappelle cet apparent déséquilibre pourtant plein de sens : Jésus a voulu vivre 30 ans une vie cachée et 3 ans une vie publique. Pourquoi donc ?[5] Pour nous montrer combien il aime cette vie de famille ! Combien il aime les familles ! Et nous dire que la Sainte Famille doit être l’oasis – la source - privilégiée des familles.

Marie et Joseph sont un couple modèle, «sommet d’où la sainteté se repend sur la terre », a osé[6] dire saint Paul VI, « le sanctuaire de l’amour et le berceau de la vie ».

 

3. Saint Joseph, par sa vie, nous enseigne que la vie ordinaire, quotidienne[7] est l’espace principal de notre sanctification.  Ce que Thérèse de l’Enfant Jésus[8] a si bien mit en lumière par sa petite voie, ou, plus récemment Madeleine Delbrel lorsqu’elle écrivait : « N’essayez pas de trouver Dieu dans des recettes originales, mais laissez-vous trouver par Lui dans la pauvreté d’une vie banale ». Il s’agit bien d’« une sainteté sans éclats », celle que prêchait Bossuet à propos de Joseph. C’est le secret de saint Joseph et ce qui fait de lui un saint et une source pour tous.

 

4. Saint Joseph est un modèle pour trois raisons (un modèle est un principe, et donc une source).

  • D’abord parce qu’il est éminemment saint. Si Jean Baptiste est sanctifié dès le sein de sa mère par une seule parole de la Très Ste Vierge, alors quelle sanctification a vécu Joseph durant 30 ans au contact direct de Marie et Jésus ![9]

  • Ensuite parce qu’il est à la fois un modèle « polyvalent » : pour l’homme dans son identité masculine, viril et sage, fort et doux ; pour les époux, pères et éducateurs, prudents et vaillants, pour les priants, les consacrés, les religieux, les diacres et les prêtres ; pour les travailleurs et les artisans ; pour les pauvres, les immigrés et les persécutés. Un modèle aussi car il excelle en humilité, en chasteté, en fidélité[10] : humble pour cacher l’Incarnation, chaste pour envelopper la virginité de Marie et fidèle pour protéger la personne de Jésus. Le Père ne pouvait confier ses deux trésors les plus précieux - Jésus et Marie – qu’à un gardien de toute confiance.

  • Il est enfin un modèle parce qu’il est le « docteur du silence ». Signe d’une « insondable vie intérieure » disait st Jean-Paul II, celui que Thérèse d’Avila appelle un « maître en oraison » est aussi le saint de la discrétion, vertu si importante aujourd’hui.

 

5. Saint Joseph vient au secours de l’Eglise. Pie IX qui avait, comme pape, connu l’exil et la prison, parle de « tristissimi tempi » pour qualifier son époque lorsque le 8 décembre 1870, il proclame saint Joseph patron et protecteur de l’Eglise.

Or aujourd’hui, les abus sexuels, la déchristianisation en Occident, les persécutions des chrétiens, la pandémie, etc… appellent cette « Année saint Joseph », voulue providentiellement par le pape François, pour protéger le Corps Mystique du Christ, prolongement de la Sainte Famille.

Ainsi, avec saint Joseph, l’Eglise, en revenant , garde l’espérance.

Benoit XVI n’était-il pas prophète lorsqu’il disait : « s’immerger dans Nazareth devient le point de départ d’une nouvelle conception de l’Eglise pauvre et humble, l’Eglise famille », ce que le pape François développe avec tant de charisme. Il s’agit toujours de retirer les pierres, celle de fausses conceptions, identitaires ou triomphalistes de l’Eglise, pour retrouver la source.

6. Au travers de cette parole, Joseph nous incite aussi à enlever, à soulever la pierre de notre cœur pour mieux aller à la rencontre de Jésus, à la source. Il y a ainsi un double mouvement de Jésus vers nous et de nous vers Dieu. Si nous soulevons cette pierre qui obstrue notre cœur, alors notre vie peut être changée. On peut la lire comme une invitation à nettoyer notre âme pour mieux accueillir Jésus. C’est un formidable message d’espérance car en acceptant d’enlever la pierre, il peut se passer de belles choses. Le Seigneur nous attend et nous le fait savoir par Joseph.

 

Fr. Hubert-Marie, recteur du sanctuaire ND de Grâces, janvier 2021

 

[1] A Kalisz en Pologne, à Knock en Irlande, à Zeintoun en Egypte, à Ferrière en France, à Fatima.

[2] Maurice Zundel appelait ainsi saint Joseph

[3] On peut volontiers penser que le choix de saint Joseph d’apparaitre seul à 3,5 kms de là où la Vierge Marie et Jésus étaient apparus a un double but : fonder un sanctuaire st Joseph, distinct de celui de ND de Grâces, et en même temps un sanctuaire de la Sainte Famille « à deux poumons », établi sur deux lieux indissociables. Il fallait les deux.

[4] A ND du Laus, on a pas comme tel de paroles de st Joseph, les manuscrits mentionnent : « Saint Joseph est apparu six fois à Benoîte, lui disant de prendre bien patience en gardant son troupeau et de bien le suivre sans se fâcher. » et « Saint Joseph apparaît à Benoîte et lui dit que, parce que le frère [Aubin] parle toujours de la dévotion, on veut le mettre au fond d’un cachot pour ne jamais l’en sortir. »

Il apparait aussi à Itapiranga au Brésil, depuis 1994.

  1. Il nous rappelle ainsi que « l’essentiel dans le christianisme n’est pas la doctrine mais une Personne ».

[6] En effet, pour ne créer aucune confusion avec le mystère de Dieu le Père, l’Eglise a attendu longtemps avant de parler de la paternité de Joseph, et plus encore, de Marie et Joseph comme couple modèle.

[7] Certes, l’étable à Bethléem en guise de clinique et l’exil du tout jeune couple en Egypte ne furent pas très ordinaires, mais les 27 ou 28 années qui suivirent le furent, jusqu’à la mort de Joseph

[8] Bx Marie-Eugène de l’Enfant Jésus : « L’instinct surnaturel qui portait sainte Thérèse vers Nazareth ne la trompait pas. Elle y découvrit en effet qu’elle pouvait vivre la réalité des choses, donc être sous une emprise complète de Dieu sans que cela paraisse extérieurement : ‘le Bon Dieu me fait sentir, dit-elle, que la vraie gloire est celle qui durera éternellement et que pour y parvenir il n’était pas nécessaire de faire des œuvres éclatantes mais de se cacher…’ ».

[9] « Telle la lune qui rayonne sur terre de la clarté qu’elle reçoit du soleil, la sainteté de Marie et Joseph s’est diffusée à partir de la transparence de leur cœur totalement irradié au contact de Jésus, leur enfant. La lumière divine n’a rencontré en eux aucun obstacle qui la retienne, aucune opacité qui la ternisse » Mgr Rey Cotignac 1 mars 2011

[10] Cf St François de Sales et Bossuet.

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