Groupe de pèlerins marchant le sanctuaire de Cotignac.

« Tu as du prix à mes yeux... et je t’aime » Isaïe 43, 4

 

 

Le thème du pèlerinage 2022 se trouve en Isaïe 43,4. Le Seigneur s’adresse ainsi à son peuple : « Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime. » Un peu plus loin, au verset 5, nous avons également ce passage souvent repris dans nos veillées : « Ne crains pas, car je suis avec toi. »

Le contexte est le suivant : après l’exil d’Israël, Dieu annonce le retour de son peuple en Terre promise. La raison de ce retour est d’une désarmante simplicité : Dieu aime ! Il aime son peuple, malgré ses fautes et ses infidélités, Il lui reste fidèle.

 

C’est donc bien une déclaration d’amour que Dieu adresse à son peuple, ainsi qu’à toute l’humanité, comme Il nous le démontrera ultimement par le don de sa vie à la Croix, car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.[1]

 

Cependant, une remarque s’impose : Dieu aime son peuple, oui, mais surtout, Il aime chacun de nous. Dieu n’est pas un grossiste, mais un détaillant ! Est-ce que nous mesurons vraiment cette réalité insensée ? : Dieu aime chacun de nous d’un amour particulier. Mais peut-être nous faut-il aller plus loin en utilisant une autre formulation et dire : « Je suis aimé de Dieu. »

 

  1. Un acte de foi

 

Reconnaissons qu’il peut y avoir quelque chose de naïf dans cette formulation, mais il est vrai que nous avons parfois tendance à oublier ce qu’il y a de plus simple. En fait, l’emploi de la forme passive nous oblige à une reconnaissance de l’existence de l’autre. Se savoir aimé suppose nécessairement cette altérité. S’il n’y a pas cet autre qui existe, il ne peut pas m’aimer. C’est déjà vrai au niveau humain, et c’est encore plus vrai avec Dieu : on voit bien la dimension de la foi dans ce « se savoir aimé de Dieu. »

N’est-ce pas là l’un des problèmes majeurs de notre modernité : le nombre de personnes qui nient Dieu et qui, pour le coup, ne peuvent pas savoir qu’elles sont aimées ? Elles peuvent, bien sûr, se savoir aimées d’un conjoint par exemple, mais il y a une partie de leur cœur qui ne peut être comblée, car dans chaque cœur, il y a un besoin d’absolu qui ne peut être rempli que par un Être absolu. Sans la reconnaissance et l’acceptation de cette altérité, il n’y a pas d’ouverture possible à la transcendance. Or, un monde où chaque individu est centré sur lui-même, un monde où chacun vit dans un auto-référencement, ce monde-là ne peut résolument pas s’ouvrir à la grâce. Et sans cette ouverture à la grâce, on devient un peu fou… Notre monde est magnifique, mais un peu fou…

Pourtant, quelle autre réalité pourrait davantage nous donner la paix et la joie, que cette simplissime phrase : « Je suis aimé de Dieu. »

 

à Sommes-nous capables, pères et mères de famille, de rappeler cette réalité ? Se savoir aimé de Dieu n’est pas une simple donnée catéchétique ! Il s’agit bien plutôt d’une véritable révolution qui doit venir apaiser notre cœur.

 

 

2. Donner de la joie à Dieu

 

Je suis aimé de Dieu. L’emploi de la forme passive ne signifie nullement une passivité de ma part, bien au contraire, mais plutôt un laisser-faire où j’accepte petit à petit de recevoir Dieu comme un Père qui ne peut vouloir autre chose que mon bonheur, ce qui suppose effectivement un « laisser agir » Dieu en moi. On voit bien que cela n’a rien de passif, bien au contraire : cela va impliquer tout mon agir, toute ma volonté, mais en acceptant une certaine configuration à sa Vie. Se laisser aimer, c’est accepter de se laisser conduire, ce qui titille souvent notre orgueil, soyons honnêtes… Cela veut dire aussi se laisser enseigner, se laisser pardonner, et tant d’autres choses encore…

Nous avons cependant quelquefois du mal à laisser Dieu agir en nous. Pourtant quelle joie pour Dieu ! Prenons l’exemple si étonnant de la confession : quand nous demandons pardon à Dieu pour nos fautes, est-ce que nous mesurons la joie que cela lui procure ? Ce ne sont évidemment pas nos fautes qui lui donnent de la joie, mais tout simplement le fait que nous venions à sa rencontre. Pensons à la si étonnante parabole du fils prodigue qui met bien en évidence la joie du père quand il voit son fils revenir à la maison. Chaque fois que nous nous confessons, nous donnons de la joie à Dieu ! « Je t’aime et je te pardonne », voilà ce qu’Il nous dit.

 

à Est-ce que nous n’avons pas tendance à trop nous regarder dans notre relation à Dieu ? Dans mon lien avec Lui, est-ce que je cherche d’abord à satisfaire telle ou telle demande, tel ou tel besoin, ou est-ce que je cherche d’abord à donner de la joie à Dieu ?

« Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis.[2] » Au nom de cette amitié, comme dans toute amitié, je peux donner de la joie à cet Autre qui m’aime. Et si cet Autre est déjà dans la Béatitude parfaite, ce n’est pas très grave… Il n’est pas interdit de rajouter de la paix à la paix, de la joie à la joie… !

 

3. Dieu est fou de nous… Dieu est fou de moi !

 

« Tu as du prix à mes yeux... et je t’aime. »

 

Prenons la parabole du trésor caché dans un champ (Mt 13,44) : « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ. »

On a coutume de lire ce verset en mettant en avant toute la richesse du Royaume des Cieux que l’homme découvre et qu’il va tout faire pour posséder. Dieu est tout pour moi.

Mais… Et si on inversait les rôles ? Dieu qui vend tout ce qu’Il possède et achète ce champ… De fait, Il a tout donné, Il a donné sa vie en rachat du monde, parce que chacun de nous est un trésor à ses yeux.

 

Nous retrouvons cette folie divine dans l’épisode de la brebis perdue en Luc 15,4-7 : Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !” Le berger fait tout pour retrouver la brebis perdue, jusqu’à éprouver cette joie infinie.

 

Dieu est fou de moi ! Étrange expression, il faut en convenir, mais tellement vraie. C’est aussi une formulation vertigineuse si on prend le temps de la méditer. Par exemple, dans l’adoration du Saint-Sacrement, est-ce que je réalise que ce n’est pas tant moi qui le regarde que Lui qui me regarde ?

Il ne s’agit évidemment pas de s’enorgueillir, mais de découvrir tout simplement que chacun de nous est un trésor aux yeux de Dieu. « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. »

 

à Je suis entre ses mains. Mais est-ce que je l’accepte vraiment ? Cela existe, des brebis têtues qui éprouvent des difficultés à se laisser retrouver par Dieu, voire qui le refusent… Il faut parfois beaucoup de temps pour découvrir et vivre cette réalité si apaisante : « Je suis aimé de Dieu. »

 

 

 

Frère Pierre-François

 

[1] Jn 15,13

[2] Jn 15,15

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« Tu as du prix à mes yeux et je t’aime » Is 43, 4

 

Introduction : un beau thème pour des époux et des pères de familles

 

L’origine de cette citation : une phrase prononcée par le Seigneur à l’égard d’Israël, un témoignage d’amour que nous transmet le prophète Isaïe : « Et maintenant, ainsi parle le Seigneur, Celui qui t’a créé ô Jacob, Celui qui t’a formé ô Israël ! » [Is 43,1] C’est bien Dieu qui S’adresse à Son peuple et, à travers lui, à chacun des croyants. Là où s’est encore plus beau, c’est que c’est à chacun de nous que le Seigneur S’adresse : « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. » Dieu aime Son oeuvre, le travail de Ses mains pour reprendre l’image du Livre de la Genèse, malgré ses défauts et ses limites.

 

Le but de ce topo : vous donner des billes pour les topos que vous aurez à faire lors de la prochaine Marche des Pères. Cela risque de partir dans différentes directions pour vous permettre de voir différents aspects que l’on peut tirer de cette citation. A vous, selon votre sensibilité, votre charisme, d’exploiter, de creuser, tel ou tel aspect. Je propose un plan assez basique pour cet enseignement : nous allons analyser la phrase dans ces deux composantes :

  1.  Œ « Tu as du prix à mes yeux »

  2.   « et je t’aime ».

En revanche, je ne prends personnes en traître, mais nous allons faire un peu d’hébreu au cours de ce topo et vous allez manger des citations de l’Ancien Testament…

Le but ultime : vous savoir aimés de Dieu, en vivre et en rayonner.

 

  1. Œ « Tu as du prix à mes yeux »

 

« du prix » = de la valeur. Le peuple élu, aussi pécheur soit-il, a de la valeur devant Dieu. Pourquoi ? C’est le peuple choisi par Dieu, le peuple issu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le peuple de la promesse mais plus avant encore, en remontant à l’origine, c’est bien Dieu qui est le Créateur de l’homme. Il l’a façonné « de Ses mains » et Il admire Sa création de « Ses yeux ». Après la création de l’être humain, le refrain du Livre de la Genèse qui était « Et Dieu vit que cela était bon » change, augmente : « Et Dieu vit que cela était très bon. » L’homme est le sommet de la création, la plus belle créature que Dieu ait faite.

 

Notre prix, notre valeur viennent du fait que nous avons été faits à la ressemblance de Dieu, c’est-à-dire dotés d’une conscience, d’une volonté, capables de choisir entre le bien et le mal, et libres. Nous sommes dotés d’une âme destinée à rencontrer Dieu au jour solennel de la grande Rencontre du jugement particulier et prête à se plonger dans cet Amour de Dieu pour l’éternité.

 

Sauf que l’homme, par orgueil, s’est opposé à Dieu et a décidé de pécher, en désobéissant à Ses ordres : c’est le péché originel qui a coupé cette relation d’intimité entre Dieu et l’homme. Mais l’homme a une telle valeur – « juste en dessous des anges » dit le psalmiste– que Dieu a décidé de le sauver Lui-Même : « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime », c’est le mystère de la Rédemption, de Dieu qui Se fait homme en Jésus pour nous sauver –nous sauver du mal et du péché– pour racheter nos fautes par Sa vie et, plus encore, par Sa Passion.

 

Tout l’Ancien Testament nous montre cet amour de Dieu pour les hommes. Je passe en deux mots sur Noé. Dieu a décidé de laver le monde, de le purifier du mal incessant posé par les hommes : cf. Gn 6, 5-7

« Le Seigneur vit que la malice des hommes était grande sur la terre et que toutes les pensées de leur coeur se portaient  chaque jour ‚ vers le mal. Et le Seigneur Se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et Il fut affligé dans Son coeur. Et le Seigneur dit : "J’effacerai de la face du sol l’homme que J’ai créé…" »

 

Et pourtant, parce qu’il reste un homme juste, Dieu le sauve, lui, sa famille et les animaux de la terre alors que Son projet initial prévoyait la destruction de toute vie : « J’effacerai de la face du sol l’homme que J’ai créé, et avec l’homme les animaux domestiques, les reptiles et les oiseaux du ciel car je me repens de les avoir faits." Gn, 6,7. Ce sera la grande discussion, les palabres, la négociation de marchands de tapis entre Abraham et les envoyés de Dieu concernant la destruction de Sodome et Gomorrhe : « Que mon Seigneur ne S’irrite pas ! Je ne parlerai plus que cette fois : "Peut-être s’en trouvera-t-il que dix…" Et Le Seigneur dit : "A cause de ces dix, non, Je ne détruirai pas la ville." » Gn 18,32

 

L’affaire de Noé, le récit du déluge, malgré sa violence, est donc une première preuve de cet amour immense de Dieu pour l’humanité. Mais cela va se manifester au cours des siècles pour cette tribu obscure, ce petit clan mené par un nomade âgé, Abraham. Pourquoi lui ? Parce qu’il obéit, il est soumis, il fait confiance : « Quitte ton pays, ta famille, la maison de ton père, pour le pays que Je te montrerai… » Gn 12, 1. C’est cela que Dieu demande à Ses enfants : « Je vous aime, Je vous suis fidèle, Je suis à vos côtés, Je vous soutiens dans vos difficultés… » C’est l’annonce faite à Moïse dans le buisson ardent, avec cette répétition insistante :

« J’ai vu, oui, J’ai vu la misère de Mon peuple qui est en Egypte, et J’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, Je connais ses souffrances. Je Suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens... » Ex 3, 7-8

 

Je passe sur les dix plaies d’Egypte –qui peuvent nous sembler odieuses, inhumaines mais qui nous montrent que Dieu est du côté de l’opprimé. Juste un point : la mort des premiers-nés [Ex 12] fait écho à l’élimination systématique des petits garçons ordonnée par Pharaon : « Vous jetterez dans le fleuve tout fils qui naîtra, et vous laisserez vivre toutes les filles. » Ex 1, 22.

 

Et cet amour, cette miséricorde, se poursuit tout au long de l’exode, malgré les rebellions d’Israël, les manques de foi, les accusations contre Dieu, les mises à l’épreuve (le veau d’or, les demandes de viande et d’eau à boire) : Dieu sévit, punit, mais accompagne, corrige, fait avancer. Il en fera de même une fois les Israélites entrés en Terre promise, malgré leurs errements : les Juges, puis les Rois tout en laissant leur liberté de manoeuvre et le résultat ne sera pas toujours jojo mais Dieu, Lui, reste fidèle malgré les abandons, l’attachement aux idoles, l’adhésion aux rites étrangers. C’est le rôle des prophètes qui, au long des siècles, vont d’abord exhorter les Juifs à la conversion, au retour vers Dieu, à une vie plus juste puis, après la chute de Samarie en 721 av. JC puis la prise et la destruction de Jérusalem en 587 et la déportation à Babylone (587-538). Après l’édit de Cyrus en 538, Dieu sera toujours là, accompagnant le peuple élu par des prophètes encourageant leur mission (Aggée, Zacharie, Malachie) et les chefs du peuple (Néhémie, Esdras).

 

Faisons un saut dans le temps : vous connaissez davantage la vie du Seigneur Jésus et vous avez en tête –j’espère– un grand nombre de manifestations d’amour de la part du Messie à l’égard des hommes. Pouvez-vous m’en citer quelques-unes ? En premier lieu, c’est le plus marquant, Ses miracles : l’aveugle de Jéricho qui crie à la sortie de la ville, la Syro Phénicienne (une non juive) qui demande la guérison de sa fille, les mamans qui amènent leurs enfants à Jésus, le paralytique qui descend du toit. Plus fort encore : les lépreux que Jésus touche. Mais encore, l’enseignement donné aux foules, Sa patience vis-à-vis de Ses apôtres qui ont la tête dure et se disputent entre eux. Un autre petit détail : vous souvenez vous de ce que fait Jésus juste avant de choisir Ses apôtres : Il part prier la nuit avant de les désigner. Sa prière n’est pas seulement une union avec Son Père du Ciel : elle est aussi une recommandation des hommes à Dieu, une demande explicite de grâces pour eux. Et Jésus fera de même pendant Sa nuit d’agonie au jardin des oliviers : après avoir un instant prié pour Lui –« Si cette coupe peut passer loin de Moi »– tout le reste de Son intercession est focalisée sur les apôtres et ceux qui les suivront : que la gloire qui Lui revient redescende sur eux et qu’ils reçoivent du Ciel force, courage et unité : cf. Jn 17.

 

Et, évidemment, au sommet de tout cela, le don de tout Lui-même dans Sa Passion et Sa mort. Jésus nous a aimé jusqu’à là ! Malgré les quelques défauts et limites du film, je vous invite à voir ou à regarder de nouveau La Passion de Mel Gibson. Nous connaissons bien le récit de la Passion telle que le raconte les évangélistes mais notre génération est davantage axée sur l’image que la parole et les images de Mel Gibson sont, dans le sens étymologique du terme, impressionnantes : elles s’impriment en nous et nous permettent de mieux comprendre ce que Jésus a accepté d’endurer pour nous…

 

2 « et je t’aime »  

Comment qualifier cet amour que Dieu éprouve pour Son peuple et pour les hommes. C’est la miséricorde, celle du père à l’égard du fils prodigue dans la parabole entendue il y a 15 jours, celle de Jésus à l’égard de la femme adultère dimanche dernier.

 

Je vous ai promis un peu d’hébreu. Rien de bien difficile : quelques mots qui traduisent cette miséricorde et qui vont nous permettre de mieux comprendre cet amour inéluctable de Dieu pour Son peuple.

 

Dans la Bible, la miséricorde se trouve au confluent de deux courants de pensées : la compassion et la fidélité. Deux termes principaux en hébreu se traduisent par miséricorde : Rahamim et Esed.

 

 Rahamim = les entrailles, le sein et, par extension, la tendresse, la pitié.

 

Rahamim exprime l’attachement instinctif d’un être à un autre ; ce terme presque anatomique décrit le sein, les entrailles maternelles : cf. le jugement de Salomon (1R 3, 26) :

« la femme dont le fils était vivant s'adressa au roi, car sa pitié s'était enflammée pour son fils, et elle dit : "S'il te plaît, Monseigneur! Qu'on lui donne l'enfant vivant, qu'on ne le tue pas !" Mais l’autre femme disait : "Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez !" »

 

Mais cette image n’est pas exclusivement féminine ou maternelle ; on trouve aussi une comparaison masculine à travers l’amour du cœur du père ou d’un frère :

* Jr 31, 20 : « Ephraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, que chaque fois que j'en parle je veuille encore me souvenir de lui ? C'est pour cela que mes entrailles s'émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse, oracle de Yahvé. »

* Ps 103, 13 : « Comme est la tendresse d'un père pour ses fils, tendre est Yahvé pour qui le craint. »

* Gn 43, 30 : « Joseph se hâta de sortir, car ses entrailles s'étaient émues pour son frère et les larmes lui venaient aux yeux: il entra dans sa chambre et là, il pleura. »

 

Cette tendresse se traduit aussitôt en actes par la compassion et le pardon :

* Ps 106, 45 : « Mainte et mainte fois le Seigneur les délivra, mais eux par bravade se révoltaient et s'enfonçaient dans leur tort ; Il eut un regard pour leur détresse alors qu’Il entendait leur cri. Il se souvint pour eux de Son alliance, Il s'émut selon Son grand amour. »

* Dn 9, 9 : « Au Seigneur notre Dieu, la miséricorde et le pardon, car nous l'avons trahi. »

 

C’est l’attitude de Jésus devant les foules sans berger : Il est saisi « aux tripes ». C’est le moteur de Son sacrifice pour racheter les péchés des hommes.

 

‚ Hésed (ð en grec eleos > Kyrie eleison)

 

Hésed désigne de soi la piété qui unit deux êtres et implique donc la fidélité. Cette miséricorde n’est pas seulement l’écho d’un instinct de bonté (qui peut se tromper – sentiment), c’est une bonté consciente, voulue, choisie. cette miséricorde est la réponse à notre désir de cohérence intérieure, de fidélité à soi-même.

 

Traductions possibles : un panel large qui oscille de miséricorde à amour, en passant par tendresse, pi-tié, compassion, clémence, bonté et même grâce (hén en hébreu) mais qui a une acception beaucoup plus vaste.

 

Quand l’homme se reconnaît pécheur, appelle à l’aide…

* Ps 4, 2 : « Quand je crie, réponds-moi, Dieu de ma justice, dans l'angoisse tu m'as mis au large : pitié pour moi, écoute ma prière ! »

* Ps 6, 3 : « Pitié pour moi, Yahvé, je suis à bout de force, guéris-moi, Yahvé, mes os sont bouleversés. »

* Ps 9, 14 : « Pitié pour moi, Yahvé, vois mon malheur, tu me fais remonter des portes de la mort. »

* Ps 25, 16 : « Tourne-toi vers moi, pitié pour moi, solitaire et malheureux que je suis. »

* Mais aussi l’appel à l’aide de l’aveugle de Jéricho, de Jaïre, de la Syro-Phénicienne, du père éploré devant son fils épileptique –« viens en aide à mon peu de foi ! »

 

… Dieu se révèle à lui avec un visage non pas sévère mais plein d’une miséricorde infinie ce qui sus-cite la louange de l’homme : Ps 107, 1 : « Rendez grâce à Yahvé, car Il est bon, car éternel est Son amour. » = hésed.

 

Dieu protège les plus-petits, les nécessiteux, les anawim [= les pauvres de Dieu] : Il est le défenseur du pauvre, de la veuve, de l’orphelin, qui sont les « privilégiés de Dieu ». Cette conviction tire son origine de l’expérience des Hébreux en Egypte : la libération d’Egypte est décrite comme un acte de la miséricorde divine :

* Ex 3, 7s : « J'ai vu, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte. J'ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. […] Maintenant, le cri des Israélites est venu jusqu'à moi, et j'ai vu l'oppression que font peser sur eux les Egyptiens. Maintenant va, je t'envoie auprès de Pharaon, fais sortir d'Egypte mon peuple, les Israélites. »

 

Dieu est miséricordieux, Il délivre Israël de l’oppression égyptienne parce qu’Il est fidèle à l’Alliance formée avec Abraham, Isaac et Jacob :

* Ex 6, 5s : « J'ai entendu le gémissement des Israélites asservis par les Egyptiens et je me suis souvenu de mon alliance. C'est pourquoi tu diras aux Israélites : Je suis Yahvé […] et je vous prendrai pour mon peuple et je serai votre Dieu. Et vous saurez que je suis Yahvé, votre Dieu, qui vous aura soustraits aux corvées des Egyptiens. […] Puis je vous ferai entrer dans la terre que j'ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob, et je vous la donnerai en patrimoine, moi Yahvé. »

 

Dieu ne peut supporter la misère de Son élu ; par cette Alliance, Il en a fait presque « un autre Lui-même » = une grande tendresse L’unit au peuple hébreu.

 

Le salut du pécheur : l’Ancien Testament décrit à longueur de pages un peuple qui se rebelle, « qui a la tête dure et la nuque raide », qui mérite donc un châtiment légitime mais dès que le pécheur se repent et qu’il demande pardon, Dieu est prêt à le sauver, à le racheter : ainsi, à l’occasion du péché, l’homme fait encore plus l’expérience de la miséricorde divine et de la tendresse de Dieu. Cf. l’épisode du veau d’or : le peuple élu a trahi Dieu en apostasiant. Néanmoins, Celui-ci montre que la tendresse divine peut triompher du péché, sans porter nullement attente à Sa sainteté. Pardonner, pour Dieu, ce n’est pas déchoir : c’est au contraire un attribut de Sa sainteté. Ð

* Ex 33,19 : « Je fais grâce à qui je fais grâce et j'ai pitié de qui j'ai pitié. »

* Ex 34, 6s : « Yahvé, Yahvé, Dieu de tendresse [rahum] et de pitié [« de grâce » = hanun], lent à la colère, riche en miséricorde [hésèd] et en fidélité ; qui garde sa miséricorde [hésèd] jusqu’à la millième génération, tolère faute, transgression et péché mais ne laisse rien impuni et châtie les fautes des pères sur les enfants et les petits-enfants, jusqu'à la troisième et la quatrième génération. »

La punition, les conséquences de la faute, s’étendent jusqu’à la 4ème génération –ce qui montre le sérieux du péché– mais Sa miséricorde demeure intacte jusqu’à la 1000ème génération : une patience infinie, divine.

 

Miséricorde et châtiment : tout l’histoire sainte décrit un Dieu qui est obligé de sévir parce que les péchés, les rebellions sont des offenses insoutenables à Sa sainteté, mais qui, en même temps, est saisi de commisération envers le pécheur qui demande pardon. Cf. le Livre des Juges :

* Jg 2, 18 : « Lorsque Yahvé leur suscitait des juges, Yahvé était avec le juge et il les sauvait de la main de leurs ennemis tant que vivait le juge, car Yahvé se laissait émouvoir par leurs gémissements devant leurs persécuteurs et leurs oppresseurs. Mais le juge mort, ils recommençaient à se pervertir encore plus que leurs pères. Ils suivaient d'autres dieux, les servaient et se prosternaient devant eux, ne renonçant en rien aux pratiques et à la conduite endurcie de leurs pères. »

 

Le Livre d’Osée marque un paroxysme : la faute d’Israël est telle que Dieu semble ne plus vouloir pardonner et châtier avec force… :

* Os 1, 6 : « désormais je n'aurai plus pitié de la maison d'Israël pour lui pardonner encore. »

… néanmoins, une fois encore, Dieu pardonne : Il ne peut pas faire autrement, c’est le propre de Dieu de pardonner :

* Os 11, 8s : « Mon coeur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent. Je ne donnerai pas cours à l'ardeur de ma colère, je ne détruirai pas à nouveau Ephraïm car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint. »

Ê l’épouse infidèle reçoit le nom de Ruhama, « celle qui a reçu miséricorde »

Les prophètes qui annoncent les pires catastrophes au peuple rebelle, savent en même temps combien Dieu est fidèle –aussi fidèle que les Hébreux sont infidèles :

*Jr 31, 20 : « Ephraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, pour qu’après chacune de mes menaces, je doive encore penser à lui, que mes entrailles s'émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse ? »

 

Miséricorde divine et conversion : Si Dieu est retourné en Lui-même devant la misère du pécheur, misère due au péché, c’est qu’Il désire sa conversion, son retournement :

* Os 2, 16 : « je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur. »

Le retour d’exil sera comparé par les Juifs à un retour vers Dieu, vers la vie :

* Jr 12, 15s : « après les avoir arrachés, à nouveau j'en aurai pitié et je les ramènerai chacun […] en son pays. »

* Ez 33, 11 : « Par ma vie, oracle du Seigneur Yahvé, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la vie. Convertissez-vous, revenez de votre voie mauvaise. Pourquoi mourir, maison d'Israël ? »

* Ez 39, 25 : « Maintenant, je vais ramener les captifs de Jacob, je vais prendre en pitié toute la maison d'Israël. »

* Is 14, 1 : « Oui, Yahvé aura pitié de Jacob, il choisira de nouveau Israël. Il les réinstallera sur leur sol. »

Ê Israël, après beaucoup de temps, de tergiversations, comprend que cet amour de Dieu pour les hommes n’a rien d’humain :

* Mi 7, 18s : « Quel est le dieu comme toi, qui enlève la faute, qui pardonne le crime, qui n'exaspère pas pour toujours sa colère, mais qui prend plaisir à faire grâce Une fois de plus, aie pitié de nous ! Foule aux pieds nos fautes, jette au fond de la mer tous nos péchés! »

 

C’est la prière du Miserere (Ps 51) : « Pitié mon Dieu, en Ta bonté ! En Ta grande tendresse, efface mon péché ! » Ò un Dieu qui fait miséricorde et qui appelle les hommes à la miséricorde :

* Ex 22, 25-26 : « Si tu prends en gage le manteau de quelqu'un, tu le lui rendras au coucher du soleil. C'est sa seule couverture, c'est le manteau dont il enveloppe son corps, dans quoi se couchera-t-il ? S'il crie vers moi je l'écouterai, car je suis compatissant, moi ! »

* Os 6, 6 : « Car c'est l'amour qui me plaît et non les sacrifices. »

Cet amour, cette tendresse de Dieu pour les hommes nous invitent à la même attitude, au même amour, à la même bienveillance. Si Dieu nous dit Son amour pour nous, nous le montre, nous le prouve, nous ne pouvons pas faire autrement, à notre niveau, d’en faire de même.

 

Ž Conclusion : à nous de vivre de cet amour et de le transmettre autour de nous !

Vivre de cette miséricorde à titre personnel : le sacrement de réconciliation

Vivre de cette miséricorde en famille : accepter les défauts, les limites de vos proches –épouse, enfants, gendres et belles-filles, petits-enfants, parents et beaux-parents.

Vivre cette miséricorde dans votre vie quotidienne : au travail, dans les cercles amicaux et sociaux.

Père Gaëtan de BODARD